Aug 122011
 

Le Livre vert sur la réforme de l’assurance santé (National Health Insurance NHI) soulève la crainte que son financement devra être assuré par la classe moyenne.

LE CAP — Malgré les promesses formelles énoncées hier par le ministre des Finances,  Pravin Gordhan,  assurant que le projet national d’assurance santé (NHI) ne représenterait pas pour les citoyens une augmentation d’impôts, les économistes de la santé déclaraient qu’il ne pouvait être financé autrement que par une augmentation fiscale sur le long terme.

Le gouvernement était dans l’obligation de mettre en œuvre la décision du Congrès national africain (ANC) de lancer le NHI et pour cela, le ministère de la Santé devra de manière urgente améliorer la qualité des soins dans les hôpitaux publics, il est donc à craindre que les classes moyennes sud africaines devront payer une facture de plusieurs milliards de rands. Alors qu’elles sont déjà fortement sollicitées dans le financement de l’enseignement privé et de la sécurité en raison de l’incapacité de l’Etat à assurer des services de qualité.

Le Livre vert du gouvernement concernant le NHI est aujourd’hui accessible pour une consultation publique. Il définit des plans pour la gratuité des soins pour tous les citoyens et résidents permanents.

Le Livre vert — qui est un peu différent du document de réflexion publié par l’ANC en septembre dernier —envisage une mise en place progressive du NHI sur les prochaines 14 années. Son coût devrait s’élever à 125 milliards de rands l’année prochaine et atteindre 256 milliards de rands en 2025.

Les détails de son financement n’ont pas encore été définis, mais le ministre de la Santé, Aaron Motsoaledi,  a affirmé hier, lors d’une conférence de presse à Pretoria, que toute personne qui gagne au-dessus d’un seuil qui reste à définir serait obligée par la loi d’apporter une contribution.

M. Gordhan a déclaré que le financement proviendrait également du fisc, des cotisations patronales, des tickets modérateurs et des partenariats public-privé. Il n’a pas envisagé une possible augmentation de la TVA — une proposition qui avait été évoquée lors du débat budgétaire en février et qui avait rencontré une forte opposition de la part des syndicats, qui avaient déclaré qu’elle affecterait les pauvres de manière disproportionnée.

Alex van den Heever, économiste spécialiste des politique de santé à l’Université de Wits disait hier que le Livre vert confirme l’hypothèse de l’ANC selon laquelle « les gens se trouvant sous le régime d’assurance maladie seront heureux de bénéficier d’un système étatique et réduiront leur cotisations (au régime) par ce montant ».

Il a indiqué qu’il était peu probable que les classes moyennes sud-africaines délaissent l’affiliation au régime médical avant  que L’État ait pu prouver son efficacité pour apporter des services de qualité.

« Ils devront augmenter les impôts. Cette proposition entraînera une augmentation d’environ 3% du produit intérieur brut (PIB), » a ajouté Alex van den Heever.

Le Livre vert indique que le « niveau ultime des dépenses » dans un système de santé universel devrait représenter 6,2% du PIB. Selon le professeur van den Heever, si les membres du régime d’assurance maladie étaients tentés de maintenir leur couverture, l’écart entre le total des dépenses du NHI et les dépenses actuelles de la santé publique — il proposait 3,4% du PIB — nécessiterait une augmentation des taxes.

Son analyse est partagée par Cobus Venter, économiste de Econex, qui, lui, pense qu’: « il y a, certes, une possibilité que le remplacement de la contribution au régime médical par une contribution au NHI ait un effet nul … mais cela ne marchera tout simplement pas. »

Hier,  le Dr Motsoaledi s’est montré ouvert vis à du secteur des soins de santé privé mais il  s’est, néanmoins, fermement positionné pour un strict contrôle des prix.

« Le secteur privé est présenté comme un modèle en matière de qualité de soins et de service et cela est justifié. Ce qui n’est pas justifié, c’est le prix des soins qui sont au niveau de prestation de soins de santé privés, » dit-il.

« Il ne s’agit pas seulement d’un fardeau pour les personnes utilisant les services de santé privés, mais d’une mauvaise image de notre pays en général et qui fausse les prix dans leur ensemble. » Le NHI rendrait le secteur privé plus durable « en lui imposant des frais raisonnables, » ajoute-t-il.

L’année prochaine le NHI devrait être à l’essai dans 10 des 53 secteurs de santé sud africains financés par une subvention conditionnelle du Trésor, cependant, le Livre vert a donné peu de précisions sur ce qui serait testé.

Selon le Dr Motsoaledi, le NHI permettrait d’avoir un ensemble déterminé de soins. « L’État s’engage à assurer  un éventail de services aussi large que possible. L’accent sera mis sur la prévention des maladies et la promotion de la santé. »

Pour ces services, l’État devrait s’engager auprès de fournisseurs agréés, et dans le cas où les consommateurs voudraient consulter des fournisseurs non accrédités, ils devraient maintenir l’affiliation au régime de santé ou payer la facture eux-mêmes.

Les prestataires du secteur privé sont censés accepter un modèle de capitalisation, dans lequel ils recevront un prix fixé pour gérer un nombre déterminé de patients. Pour le Prof van den Heever,  il est peu probable que cette formule soit prise en charge par un grand nombre de médecins du secteur privé.

Le pharmacologue Andy Gray de l’Université du KwaZulu-Natal constatait hier que le Livre vert comportait une approche un peu plus souple que le document de réflexion de l’ANC, qui affirmait «  que ce serait un système à payeur unique », alors que le Livre vert n’exclut pas la possibilité d’un système à « payeurs multiples. »

Business Day du 12/08/2011 par Tamar KAHN.

Source : http://www.businessday.co.za/articles/Content.aspx?id=150543

 

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