Jan 062012
 

TACTICIEN : le président Jacob Zuma

À en croire ses rivaux, cette semaine le président Jacob Zuma les a de nouveau pris tactiquement par surprise en déclenchant, par le biais du Gouvernement, des enquêtes sur une mauvaise gestion de fonds publics dans plusieurs provinces et en prenant le contrôle de cette opération.

Apparemment Zuma est d’humeur à contre-attaquer : il torpille une campagne visant à le remplacer à la présidence de l’ANC lors du congrès du parti programmé pour décembre 2012 à Mangaung.

Sa décision fait peser une menace sur la campagne du Premier ministre Cassel Mathale qui souhaite garder la présidence de l’ANC au niveau de la province du Limpopo, où le parti se réunira pour élire son président ; Mathale, qui est un allié de Julius Malema (le président de la Ligue de la Jeunesse de l’ANC lui-même harcelé de tous côtés) aura en face de lui Joe Phaahla, le vice-ministre des Arts et de la Culture.

Le ministre des Finances, Pravin Gordhan, a pris le contrôle de cinq portefeuilles du gouvernement du Limpopo : le Trésor, détenu par le porte-parole de l’ANC pour cette province, David Masondo; celui de l’Éducation, détenu par Dickson Masemola, qui est aussi le vice-président local de l’ANC ; les Travaux publics de Thabitha Mohlala; la Santé, qu’avait en charge Dikeledi Magadzi, membre du Comité directeur national (National Executive Committee, NEC) de l’ANC; et les Routes et le Transport, dont était responsable Pinky Kekana, secrétaire-adjoint de l’ANC dans la province du Limpopo.

Cela fait suite à une réunion d’urgence du Gouvernement national qui s’est tenue lundi.

MENACÉ : Cassel Mathale

Le Gouvernement de Zuma est également intervenu dans l’État Libre (Free State) au niveau du Trésor, de la Police, des Routes et du Transport, ainsi qu’au niveau de la Santé dans la province de Gauteng, mais son intervention dans les institutions du Limpopo, par son ampleur, est une première en Afrique du Sud depuis 1994.

Hormis Magadzi, déjà accusé par Malema d’orchestrer une campagne visant à le faire arrêter par les Faucons (the Hawks), ainsi que Mathale, les autres membres du Conseil exécutif du Limpopo concernés par cette décision passent pour être sur la liste des candidats ANC soutenus par Kgalema Motlanthe à travers Mathale et Malema.

Cette opération sans précédent, par laquelle le Gouvernement national a dépouillé de leurs responsabilités exécutives surtout des membres du Conseil exécutif provincial partisans de Malema a ouvert d’un seul coup en grand la route menant au congrès national du parti au pouvoir qui doit élire ses dirigeants à Mangaung, dans l’État Libre, fin 2012.

Elle a coupé les ailes de tout un réseau national de tenderpreneurs, ces chefs d’entreprise qui profitent des appels d’offres des marchés publics, pour lesquels le Limpopo était une vraie vache à lait.

Beaucoup voient en eux les bailleurs de fonds des campagnes politiques de Malema.

Les problèmes de flux de trésorerie ont porté le découvert jusqu’à 1,7 milliard de rands, empêché de financer le fonctionnement des services et n’ont pas permis de verser leurs salaires aux fonctionnaires.

Passé sous contrôle : David Masondo

Mais les partisans de Mathale, emmenés par la Ligue de la Jeunesse du Limpopo, sont persuadés que la décision du Gouvernement était un stratagème politique de Zuma visant à neutraliser Mathale avant le congrès.

Le Sunday Independent a appris que cette crise avait essentiellement pour cause la décision prise par le Gouvernement du Limpopo de transférer des fonds destinés au fonctionnement des services et aux budgets salariaux vers des programmes de développement des infrastructures.

Selon certains hauts fonctionnaires, le renvoi de responsables compétents tels que Saad Cachalia, membre du Conseil exécutif du Limpopo alors en charge du portefeuille du Trésor, et Rob Tooley, ancien directeur du Trésor du Limpopo, qui ont été contraints de partir parce qu’ils s’opposaient à toute ingérence politique dans la gestion des finances publiques, n’a fait qu’aggraver le problème.

Selon des sources gouvernementales, lors d’une réunion regroupant cette semaine les membres du Conseil exécutif du Limpopo, les directeurs de département et autres hauts responsables, Mathale a déclaré que le découvert existait depuis 2001 et que son gouvernement avait la situation en main.

Mais Tooley a démenti, affirmant que le découvert de 800 millions de rands qu’il avait trouvé en arrivant au Trésor début 2007 avait été résorbé à la fin de cette même année financière.

Suite à une brève réunion rassemblant jeudi à Polokwane une délégation de huit membres du Gouvernement national, Mathale et des membres de son Conseil exécutif provincial, Gordhan a annoncé des mesures d’une grande portée.

EN COULISSE : Julius Malema

La délégation nationale comprenait Roy Padayachee, ministre des Services publics et de l’Administration, Blade Nzimande, ministre de l’Enseignement supérieur, Aaron Motsoaledi, ministre de la Santé, Sbu Ndebele, ministre des Transports et Angie Motshekga, ministre de l’Enseignement de base.

Gordhan a notamment annoncé les décisions suivantes :

  • À compter de demain, les membres du Conseil exécutif du Limpopo touchés par ces mesures seront tenus de céder leurs pouvoirs exécutifs aux ministres concernés, et ce jusqu’à nouvel ordre du Gouvernement national.
  • Un bilan de cette intervention sera établi au bout de six mois.
  • En fonction des résultats de cette évaluation, il pourra être procédé au remplacement des directeurs de département, si nécessaire.
  • Le Gouvernement national et celui du Limpopo passeront un accord écrit spécifiant clairement les paramètres de cette intervention et les problèmes à traiter spécifiquement.
  • Dans les jours qui viennent, les équipes d’intervention apporteront une réponse claire à la question de savoir, par exemple, qui, des membres du Conseil exécutif du Limpopo ou du ministre du Gouvernement national, rendra des comptes au Gouvernement provincial et assistera aux séances de l’Assemblée du Limpopo et aux réunions de ses commissions.
  • Au bout de six mois, le Conseil national des provinces (National Council of Provinces, NCOP) évaluera l’intervention du Gouvernement au regard de la Constitution afin de décider de la suite à donner.

Hier un homme politique proche de Mathale s’est interrogé sur le bien-fondé d’inclure Nzimande dans le groupe gouvernemental chargé de régler les problèmes du Limpopo. “À quel titre Blade [Nzimande] vient-il ? Il est présent parce qu’il a ses objectifs personnels », a-t-il déclaré.

Par le passé, Nzimande et Masondo, qui est lui aussi membre du politburo du Parti communiste sud-africain (SACP), dont le chef est Nzimande, se sont affrontés sur la ligne à suivre par rapport à la Ligue de la Jeunesse.

Selon Masondo, l’ANC a été “profondément inquiète” de ne pas avoir participé à la décision prise par le Gouvernement national de mettre sous tutelle le Gouvernement provincial.

Gordhan a rejeté les accusations formulées par Masondo et par Che Selane, le porte-parole de la Ligue de la Jeunesse du Limpopo, selon lesquelles la décision gouvernementale avait des motivations politiques. Elle a été prise après que les deux hommes avaient dit que Zuma essayait d’influer sur les résultats du congrès provincial de l’ANC au Limpopo qui se tiendra ce week-end.

Mais un haut responsable de l’ANC, qui n’est pas un partisan de Mathale, a pris la défense de Zuma : « Ils [le Gouvernement national] ont fait pareil dans le Cap oriental (Eastern Cape). Y a-t-il un congrès dans le Cap oriental ? Ils sont intervenus dans la province de Gauteng. Y a-t-il un congrès là-bas ? Ils ont fait pareil dans l’État Libre. Y a-t-il un congrès dans l’État Libre ? C’est après avoir examiné la situation financière qu’ils ont agi », a-t-il déclaré.

Publié dans le Sunday Independent du 12/12/2011 par Moffet Mofokeng et Makhudu Sefara

Traduction Jean Pierre & Wendy Richard

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