Jul 112012
 

Afrique du Sud - Census 2011Ce troisième recensement depuis 1994 est, selon le gouvernement, le plus important que l’Afrique du sud a connu. Le premier, qui a tenu compte de la population, toutes races confondues, s’est déroulé en 1996, l’année du vote de la Constitution, puis en 2001 et 2011, dont on vient de publier les résultats.

Il a commencé par une « nuit du recensement », du 9 au 10 octobre qui fut le lancement sur le terrain pendant 11 jours de 156,000 employés, dont 120,000 travailleurs de terrains, 30,000 superviseurs et 6,000 coordonnateurs  20 millions de questionnaires ont été distribués pour être remplis devant et avec l’aide du staff à qui il devait être remis en main propre.

Les questionnaires étaient rédigés dans les 11 langues officielles, l’engagement de le détruire après que les informations aient été intégrées dans les statistiques y était spécifié par écrit.

Des grèves et mouvements de protestation ont eu lieu dans le staff, pour des questions concernant la rémunération et le paiement.

Des plaintes pour 10 agressions, 15 vols et 7 intimidations ont été enregistrées par la police. Durant cette période, 8 membres du staff ont péri dans des accidents de voitures au cours de leur mission.

Les bonnes et les mauvaises nouvelles du recensement

Les bonnes nouvelles:

  • La proportion des ménages s’éclairant à l’électricité avait augmenté de 69,7% en 2001 à 84,7% en 2011
  • Le pourcentage des ménages se chauffant à l’électricité est passé de 1996 à 2011 de 44,5% à 58,8%.
  • Le pourcentage des logements équipés d’eau courante dans les toilettes a augmenté entre 2001 et 2011 de 51,9% à 60,1%.
  • Les nombre de logements équipés du tout à l’égout est passé de 32,3% à 46,3% dans la même période.
  • Le pourcentage de jeune de plus de 20 ans dans l’enseignement supérieur est passé de 7% en 1996 à 12,3% en 2011.
  • Le pourcentage d’adultes n’ayant suivi aucune scolarité était de 19,1% en 1996 et de 8.7% en 2011
  • Plus d’enfants entre 5 et 7 ans, sont inscrits en maternelles, leur nombre est passé de 81.2% en 2001 à 96.1% en 2011
  • Un nombre croissant de famille vivent dans un logement formel, passant de 65.1% en 1996 à 77.6% en 2011.

Les mauvaises nouvelles:

  • La province du Cap Oriental détient le mauvais record du nombre de maison sans électricité, 25% n’en sont pas équipées.
  • Seuls 35,2% des Sud africains reçoivent Internet chez eux, à l’école ou sur leur lieu de travail.
  • L’âge médian dans la population noire a diminué, il est passé de 22 ans en 2001 à 21 ans en 2011.
  • 18.8% des enfants sud africains sont orphelin de l’un ou de leurs deux parents.  30% de ces orphelins vivent dans la province du KwaZulu.
  • Les familles monoparentales dirigées par des femmes ont moins de revenus que celles dirigées par des hommes. Le revenu moyen est respectivement de 67330 (femmes) et 128 329 rands (hommes).
  • Le revenu total des ménages noirs (60 613 rands) est inférieur de six  fois que ceux des ménages blancs (365 134 rands)
  • Le tau de chômage toute race confondue était en 2011 de 29,8% et de 35,6% dans la communauté noire.

Inégalités

La question centrale que confirme « 2011 Census » est l’inégalité qui persiste gravement dans le pays dans tous les secteurs. Elle a, certes, un peu diminué dans la dernière décennie, il apparaît, cependant, qu’il faudra attendre 2061 pour que le niveau de vie moyen d’une famille noire soit au même niveau que celui d’une famille blanche. Si aucun événement majeur ne vient troubler l’avenir du pays. Malgré l’élection d’un président noir et une vie politique dominée par les Noirs, ceux ci restent les grands perdants de la société. Certes, leur durée de vie, leurs conditions de logements, leurs salaires ont progressé de manière beaucoup plus spectaculaires que celles des Blancs, mais ils venaient de beaucoup plus loin.

Dans l’éducation le fossé est énorme et en 20 ans le secteur  apparaît toujours comme l’héritage maintenu de l’apartheid. Selon le recensement, 35,2% des élèves noirs terminent leur scolarité secondaire et se présentent au matric (baccalauréat) ils sont 76% des élèves blancs. Alors que l’Afrique du sud compte sept Noirs pour un Blanc.

En terme de revenus des ménages la situation n’est pas meilleure, alors qu’ils ont plus que doublés en 10 ans passant de 48,000 à 103,204 rands, mais la répartition n’a pas significativement changée : 60,613 rands pour les Noirs, 112,000 pour les métisses, 250,000 pour les Indiens et asiatiques, 365,134 pour les foyers blancs, soit six fois plus que les Noirs. Le recensement montre également une grande disparité entre les neuf provinces et une migration importante vers les plus riches : Gauteng et Western Cape.

Santé et VIH

Le groupe le plus nombreux est celui des moins de 5 ans (10,9 millions), ce qui ne signifie pas un changement mais plutôt une nouvelle classification par rapport au recensement de 2001, qui regroupait les 0-14 ans. Les analystes voient, dans l’importance de ce chiffre une amélioration des conditions de santé des nourrissons et des enfants et surtout les effets du changement radical de politique pour combattre l’épidémie du Sida. Cependant, « 2011 census » relève une augmentation du nombre d’orphelins depuis 10 ans, 3,37 millions de jeunes de moins de 17 ans ont perdu un ou leur deux parents. La province du Kwazulu-Natal, la plus touchée par l’épidémie, arrive en tête suivie par Eastern Cape et Gauteng.

Emploi – Chômage

Sur les chiffres du chômage 2011 Census a réservé des surprises. Alors que le chiffre officiel en Octobre était de 23,9%, l’analyse des questionnaires a révélé qu’il était en réalité de 29,8%. Ce chiffre concerne uniquement les personnes interrogées n’ayant pas travaillé depuis une semaine (définition étroite). Si l’on considère ceux qui n’ont aucun emploi depuis plusieurs mois, voire années (définition large), le recensement avance le chiffre de 40%, corrigé à 35,4%. Selon le recensement il y aurait 5,5 millions de chômeur en définition étroite et 8,7 millions en définition large, iincluant les chercheurs d’emplois découragés. La province la plus touchée est le Limpopo (40 et 50%), la moins touchée est Western Cape (20 et 30%).

Quels enseignements

Le ministre du plan, Trevor Manuel s’est inquiété de la persistance des inégalités et du fossé maintenu entre les revenus. Il a appelé le gouvernement et les institutions de l’Etat, le monde des affaires, la société civile à se saisir des informations du recensement pour prendre les bonnes décisions. Il s’est montré surpris du taux de croissance des riches provinces du Gauteng et Western Cape, plus important que prévu et les migrations que cette situation provoque. Cela met en évidence, selon lui, les réformes nécessaires à la gestion des provinces les plus pauvres. Le recensement doit servir à définir et chiffrer les budgets de l’Etat alloués aux provinces. Des décisions qui ont toujours eu un sens politique, qui pourrait être beaucoup plus évident dans la situation actuelle. Un élément qui n’apparaît pas dans le recensement mais qui pourrait expliquer la hâte avec laquelle celui ci a été rendu public, la date prévue initialement était mars 2013.

Que nous dit le « 2011 Census », que les chiffres n’ont pas toujours l’exactitude qu’on leur prête. Certes ils expriment des tendances mais dans le cas de recensement ils montrent surtout une contradiction entre les avancées qu’il met en évidence depuis 10 ans et le climat politique et social qui n’a jamais été aussi lourd. Certes, en Octobre, au moment des enquêtes, le climat social n’était pas aussi délétère qu’il l’est aujourd’hui, mais beaucoup d’observateurs avaient déjà tiré la sonnette d’alarme.

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