Aug 242012
 

sacpflagBlade Nzimande et Jeremy Cronin ne cachent pas leur triomphe à la tribune du 13ème congrès national du South African Communist Party (SACP) devant deux mille délégués environ, réunis à Empangeni dans le Kwazulu-Natal. A leurs côtés, le nouveau président Senzeni Zokwana, un allié sur qui ils pourront compter pour renforcer le soutien à la réélection de Jacob Zuma à la présidence de l’ANC en décembre.

Leurs trois opposants dans le comité central n’ont pas été réélus : David Masondo, ministre des finances du gouvernement du Limpopo, Thobile Ntola, président du South African Democratic Teachers Union (SADTU) et Christine Olivier deuxième président du National Union of Metal workers of South Africa (NUMSA) qui mènent campagne, avec leur syndicat, contre la réélection de Zuma.

La bataille a été difficile, menée depuis plusieurs mois par les opposants qui ont, dans un premier temps, contesté publiquement la confusion des rôles tenus par Blade Nzimande –président du SACP et ministre de l’enseignement supérieur. Plus généralement, l’opposition au sein du comité central a critiqué la tolérance vis à vis de la politique gouvernementale, particulièrement visible dans la disparition du traditionnel slogan sur les nationalisations au profit de « stratégics nationalisations »,  concept avancé lors de la Policy Conference de l’ANC en juillet.

La victoire du groupe Nzimande, qui élimine toute opposition dans les structures du parti, renforce la position de Jacob Zuma à Mangaung, elle renforce aussi l’alliance organique entre l’ANC et le SACP qui avait tendance à se déliter. A la dernière conférence, il y a cinq ans, un rapport avait été demandé à la nouvelle direction définissant les relations avec le gouvernement. Les délégués à ce congrès ont du constater l’absence de ce rapport et ont renouvelé leur exigence pour le congrès de 2016.

A quoi sert une alliance si forte entre ANC et SACP. Histoire.

Le SACP a été fondé en 1921, alors que se prépare une grève massive de mineurs blancs dans le bassin minier du Rand. Il y prendra part en rejoignant le front anti Jan Smuts aux côtés du Labour Party et des nationalistes afrikaners du National Party. Internationalement, sa fondation se base sur l’adhésion à la Troisième internationale (Comintern) dont il intégrera la direction en 1923. Très proche de l’Union soviétique, il connaitra les mêmes développements internes, notamment l’exclusion d’une opposition de gauche en son sein à la fin des années trente. Après 1948 et la victoire des nationaliste blancs du National Party, il est classifié « white party » mais son rapprochement avec l’ANC, lui vaudra en 1950 une interdiction au nom de « la lutte pour la disparition du communisme ».

Dès lors et sous la pression du Comintern, le rapprochement avec l’Anc prend des allures de fusion. Elle lui apporte surtout un appui logistique de grande ampleur : financier, militaire, diplomatique, tous les cadres jusqu’à la génération de Thabo Mbeki (y compris lui) ont fait leur études à l’Université Lumumba de Moscou. En exil, son dirigeant Joe Slovo, d’origine lithuanienne, est un de ceux qui ont pris la décision de la lutte armée. Il fait partie du premier gouvernement Mandela jusqu’à sa mort en janvier 1995.

L’ANC avait besoin de SACP pour sortir du carcan racial. En 1955, à la conférence du mouvement, sa participation a été décisive dans l’élaboration de « Freedom Charter ». Le texte affirme pour la première fois la place des Blancs dans la lutte contre l’apartheid. Il est encore aujourd’hui la référence d’une Afrique du sud multiraciale, alors que son contenu social et politique est totalement ignoré par les dirigeants actuels.

Joe Slovo, reconnu comme un intellectuel très brillant, a pris une part importante dans l’élaboration de la transition entre la fin de l’apartheid et le nouveau pays. Il a été le plus ardent partisan d’une collaboration blanc/noir qu’il a défini dans un texte interne célèbre « Sunset clause », qui est encore l’objet de grandes polémiques. Il fut, également, la cheville ouvrière de l’alliance gouvernementale : ANC-COSATU-SACP, machine de guerre pour asseoir le pouvoir de l’ANC.

Sous sa présidence, Thabo Mbeki a tenté de marginaliser le rôle du Parti communiste, mais son engagement pour l’élection de Jacob Zuma lui a redonné la place importante qu’il occupe aujourd’hui. Une place que l’on peut juger démesurée, ce qui est difficile à prouver, SACP ne s’est jamais présenté en tant que tel aux votes des électeurs. Ce n’est pas sans contrepartie, SACP a du mettre beaucoup d’eau dans son verre de vin idéologique, mais après ce 13ème congrès il met tout son parti dans le soutien à la réélection de Jacob Zuma. Ce qui est important pour ce dernier, notamment dans l’objectif de gagner celui de Cosatu, ce qui ne semble pas gagné  en l’état actuel du débat.

La nouvelle direction du SACP ?

Blade Nzimande est né dans le township de Pietermaritzburg, Edendale, en 1958. Il se politise à travers les luttes étudiantes dans son université et devient dans les années soixante dix proche du Black People Convention (BPC) de Steve Biko. Il s’en éloigne pour se consacrer au syndicalisme étudiant puis ouvrier. Il a été membre du comité de rédaction de South African Labour Bulletin (SALB), qui maintient difficilement aujourd’hui, une opposition ouvrière radicale à la politique gouvernementale. Il a de tout temps critiqué les options néo-libérales de Thabo Mbeki. Son soutien à Jacob Zuma s’est manifesté en exil, alors que ce dernier était chef des services secrets et lors des affrontements ANC-Inkhata dans le Natal au cours des années quatre vint dix. Il fut, enfin, un des principaux soutiens à la candidature de Jacob Zuma à la conférence de Polokwane en 2007.

Jeremy Cronin est né en 1949 dans une famille blanche catholique. Il se politise au cours de ses études à University of Cape Town (UCT) réservée aux Blancs où il rejoint le SACP. Il étudie la philosophie en France et l’enseigne à UCT. Condamné pour terrorisme et atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, il passe sept ans à la prison centrale de Pretoria. Il poursuit sa carrière politique au sein du SACP, en 2009, il devient vice ministre des transports dans le premier gouvernement Zuma, puis  vice ministre des travaux publics dans le dernier remaniement. Poète à ses heures, trois recueils dont un en afrikaans ont été publiés.

Senzeni Zokwana l’un des présidents l’est également de National Union of Mineworkers (NUM). Très proche de Zuma, il s’est illustré en appelant cette année à une manifestation d’hommes nus devant la Goodman Gallery à Johannesburg, où était  exposée l’oeuvre d’un artiste représentant le président Zuma exhibant son intimité. Zokwana avait pris la défense de Zuma lors de son procès pour viol dont il fut plus tard acquitté. Il rejoint la longue liste de dirigeant de NUM devenus responsable politique, tels que Cyril Ramaphosa, Kgalema Motlanthe et Gwende Mantashe, ce dernier ne s’est pas représenté à la direction du SACP pour se consacrer à sa réélection au poste de secrétaire général de l’ANC.

Joyce Moloi Moropa, trésorière est la seule femme à la direction du SACP.

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