Sep 292012
 

Vavi et Zuma au congrès du Cosatu
Photo : Sébastien Hervieu

Bien étrange congrès du très puissant syndicat COSATU, membre de l’alliance gouvernementale, qui s’est ouvert le 17 septembre par une reconduction sans vote de la direction sortante et s’est terminé, quatre jours après, par les traditionnels chants et danses devant marquer l’unité de l’organisation. Défi impossible pour ce congrès dont les observateurs affirment qu’il fut celui des plus profondes divisions qu’a connu COSATU. Seuls, 3,000 des 5 à 6,000 délégués ont chanté Sihamba noMsholozi, Sihamba noPresident (Allons avec Msholozi, Allons avec le Président). Msholozi est le nom traditionnel de Jacob Zuma. Ce fut la seule indication de l’engagement de COSATU pour la reconduction de ce dernier au poste de président de l’ANC à la conférence de Maugaung en décembre prochain.

Une image assez dérisoire, confrontée à l’importance des enjeux et au contexte des événements de Marikana. Une résolution sur le bilan de la grève a été adoptée, qui a atténuée les responsabilités de la police et les atermoiements du gouvernement à gérer cette affaire. Il n’a pratiquement pas été fait mention d’une des origines du conflit : l’affrontement entre le National Union of Mineworkers (NUM) et Association of Construction and Mineworkers Union (ACMU), ces derniers qualifiés de Hooligans. Dès le mois de mars le responsable des ressources humaines de Lonmin, Bernard Makwena, avait mis en garde les dirigeants du NUM sur la baisse des effectifs du syndicat dans l’entreprise, qui était tombée en dessous de 51%, nombre butoir pour leur représentativité dans les négociations. Selon Makwena, 21% des employés de Lonmin sont affiliés AMCU, dont les leaders se félicitent que le jour de la reprise du travail à Marikana, 200 syndicalistes de NUM ont rejoint leurs rangs.

Un rapport politique très critique vis à vis de l’ANC

La reconduction sans vote de la direction a créé la surprise dans la classe politique sud africaine alors que les deux dirigeants reconduits, le président S’dumo Dlamini très proche du pouvoir et le secrétaire général Zwelinzima Vavi beaucoup plus critique, n’ont cessés de s’affronter. Jusqu’à la veille de l’ouverture du congrès personne ne se risquait à donner le nom du gagnant. Les pressions du secrétaire général de l’ANC, Gwede Mantashe  ont finalement été entendues, mais l’existence d’un deal n’a échappé à personne. La concomitance entre la désignation de la direction et l’issue miraculeuse de la grève de Lonmin, que rien, pourtant, ne semblait annoncer, pourrait être, selon certains, un élément décisif de l’accord. Comme d’ailleurs la promesse, par l’ANC, d’organiser d’ici la fin de l’année une conférence sur l’adoption d’un salaire minimum et l’assurance que la question des nationalisations serait discutée à Mangaung. Bien que le principe en ait été rejeté par ANC Policy Conference réunie en juin dernier.

La décision de dernière minute, une réélection sans vote finalement acceptée par les deux parties, n’a cependant pas modifié le contenu du rapport politique prononcé par Vavi. Le secrétaire général y développe les divisions que ne peut cacher la façade de l’unité proclamée. Son rapport détaille avec rudesse les « crises multiples (…) dont le résultat pourrait conduire à une implosion de l’organisation et une explosion sociale ». L’ANC est « rongée par le fractionalisme, le népotisme et la corruption (…)  soumise à des zigzag permanents entre différentes positions, entre népotisme et déclin de la morale politique ». Pour éviter un désastre Vavi demande au gouvernement de mettre en œuvre des mesures radicales contre la corruption. Il ne pouvait pas être plus explicite dans la divergence et ses propos ont été analysés par certains comme un appel à la non reconduction de Jacob Zuma. Ils ne pouvaient que provoquer la répartie de Gwede Mantashe, elle fut à la hauteur de l’attaque.

La place de Cosatu dans l’alliance gouvernementale.

Personne ne prévoyait pour cette année la fin de la longue route de l’alliance entre ANC, SACP et COSATU, mais le fait que les congrès des trois parties de l’alliance se déroulent à quelques semaines d’intervalles pouvait laisser penser que la question de leur relations se poseraient à l’intérieur des formations et peut être même au cours du congrès de Mangaung. C’est d’ailleurs une tradition à la Cosatu où cette question de l’unité avec le gouvernement est toujours posée … et tranchée sans appel. Même la proposition modérée de National Union of Metalworkers of South Africa (NUMSA), la seconde fédération en nombre de Cosatu après NUM, de discuter de la notion de « social distance » n’a pas été accepté par Mantashe. Cette année, dans le contexte de la crise provoquée par la tragédie de Marikana, la question de l’indépendance du syndicat est apparue comme le dilemme de Cosatu.

Le syndicat a joué un rôle tellement important depuis sa création en 1985, que sa participation à une alliance gouvernementale était évidente. Elle fut reconnue en tant que telle jusqu’à l’adoption, en 1996, du plan de Thabo Mbeki, Growth Employment And Redistribution (GEAR), qui a relégué le syndicat en arrière plan. Il n’a pas perdu sa place mais ses prérogatives sociales au sein de l’alliance n’ont pas eu la même écoute qu’auparavant. C’est la bataille pour l’élection de Jacob Zuma à la présidence du parti, au congrès de Polokwane en 2007, qui a remis en selle COSATU. Sans l’énergie et surtout la représentativité du syndicat, Zuma n’aurait pas été élu. Son alliance avec le syndicat a pesé très lourd dans sa désignation pour remplacer Thabo Mbeki après sa déchéance. Il en a été reconnaissant, sous sa présidence du pays plusieurs membres de COSATU et de South African Communist Party (SACP) ont pris place en tant que tels au plus haut niveau de l’appareil d’Etat. Certes, sous Mbeki, des syndicalistes ont été ministres mais au prix d’une rupture avec leur engagement au sein de COSATU. Trevor Manuel en est le plus brillant exemple, à contrario Jay Naidoo, un autre membre fondateur de COSATU, a été écarté du gouvernement pour avoir exprimé des divergences avec le GEAR.

La préparation de la conférence Mangaung montre que le rôle de COSATU est toujours aussi prépondérant. Jacob Zuma ne pouvait se passer de son soutien pour sa réélection, il le fallait unanime. Blade Nzimande, le président de SACP a été influent pour arracher la reconduction des frères ennemis à la direction de COSATU. Elle était indispensable, elle était la dernière chance pour Zuma à l’échéance de Mangaung. Une échéance fragile car Vavi, jusqu’à ce jour, refuse de divulguer le nom de son candidat à la présidence de l’ANC.

Echéances et enjeux

En étant contraint de maintenir Vavi à la direction du syndicat, l’ANC a pris un risque qui sera difficile à gérer. Pendant toute la tenue du congrès syndical le front anti-Zuma s’est fait peu entendre. Il est difficile de croire que les affrontements resteront ainsi longtemps aussi feutrés. La réunion du Comité central du syndicat qui doit avoir lieu début novembre sera un indicateur précis des concessions des uns et des autres, il doit entériner la liste de ses membres ainsi que les cinq dirigeants (top 5) qui représenteront le syndicat dans la direction de l’alliance gouvernementale. C’est une question tellement sensible du point de vue du rapport de force, que l’ANC a demandé une réunion de préparation au début du mois d’octobre.

Bien que toutes les fédérations semblent s’être ralliées sous la bannière de la réélection de Zuma à Mangaung, les divisions persistent. Le NUM, la plus puissante courroie de transmission entre l’ANC et le syndicat, est le perdant de cette affaire. Ses dirigeants voulaient l’éviction de Vavi, ils ne l’ont pas obtenue et comme sur le terrain des entreprises, notamment dans les mines, leur autorité en est ébranlée. La question des nationalisations, qui étaient avancées par NUMSA et l’ANC Youth League (ANCYL) sera discutée. La réforme fiscale sur les ressources minérales, également. Le débat sur la réforme agraire, vieux serpent de mer qui ne parvient pas à trouver d’issue sous Mbeki comme sous Zuma, va être relancé à Mangaung, c’est du moins la promesse faite à  COSATU.

Tout le monde a joué très serré dans ce congrès. Jacob Zuma ne pouvait pas se passer du soutien de COSATU, qui devait prouver, malgré tout, une relative indépendance vis à vis du pouvoir. C’est un élément nouveau qui montre la baisse de popularité du parti de Nelson Mandela. Dlamini et Vavi représentent deux conceptions du syndicalisme. Celle de Dlamini s’apparente à plusieurs expériences du continent africain où la soumission du syndicat au pouvoir en place a toujours signifié sa marginalisation. Les exigences sociales de Vavi visent à répondre à une situation d’urgence sur la légitimé de COSATU comme de sa capacité à encadrer les luttes. A l’heure où de nombreuses grèves illégales se déroulent dans plusieurs secteurs.

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